dimanche 9 août 2009

Les Formes d'Entrainement

Dans tous les arts martiaux traditionnels on retrouve l'idée de faire des mouvements chorégraphiés prédéfinis qui symbolisent souvent un combat dans le vide ou une boxe avec son ombre. A part pour les styles de sabre et quelques styles plus rares, les formes sont une pratique solitaire qui vise à affiner sa technique et à mieux comprendre les mouvements qui caractérisent son art.

Les formes sont pratiquées à mains nues ou avec une arme et sont censées aider à maîtriser sa technique, son mouvement, sa respiration et à changer sa façon de bouger. Dans le concept c'est très intéressant ; pouvoir pratiquer exactement les mouvements que l'on va utiliser dans la vie peut être très utile pour renforcer les schémas neuromusculaires. Mais en réalité les formes n'ont que peu d'utilité. Elles sont importantes pour la compétition et pour les démonstrations, pas vraiment pour le combat ni pour le travail énergétique.

Je ne m'étendrai pas sur les détails de la compétition ni des démonstrations puisque ce n'est pas ce qui nous intéresse ici. Par ailleurs comme le travail énergétique demande une grande concentration, il est recommandé d'utiliser des mouvements plus simples que ceux que l'on peut trouver dans les formes. Du point de vue du combat, l'idée de travailler des combinaisons de frappes est intéressante pour délier les articulations et faire travailler les muscles. En revanche, c'est une pratique néfaste dans le cas où l'on cherche à appliquer les mêmes combinaisons lors de vrais combats.

L'idée du combat est proche de l'idée du chaos, rien n'est planifié et rien n'est déterminé.

Si on s'oblige à faire des mouvements prédéfinis on va rapidement contre son instinct qui reste la valeur la plus sûre en combat. Il y a pourtant plusieurs intérêts évidents à pratiquer des formes quotidiennement. D'abord, il est important de s'assouplir en utilisant des formes complexes qui feront également travailler la coordination du corps.

Répéter une forme régulièrement aide à mieux positionner son corps dans l'espace. Ensuite, si les formes sont longues et dynamiques elle permettent aux pratiquants de développer une meilleure condition physique. Mais on retrouve les intérêts que je viens d'énumérer dans la gymnastique. Si cette dernière nous offre les mêmes possibilités que les arts de combat, pourquoi s'embêterait-on à pratiquer des arts de combat ?

Il faut savoir qu'aujourd'hui 95 % des formes que l'on connaît datent de 200 ans à peu près, ce qui correspond à une période où les arts martiaux sont sortis du secret pour devenir un business. Ce ne sont plus des formes qui montrent l'Essence d'un art mais des formes adaptées pour la démonstration. De plus elles représentent une manière de se battre et des concepts de combat qui ne sont plus du tout d'actualité.

Pour n'en citer que trois : certains coups de pieds sautés que l'on employait contre les cavaliers, des mouvements complexes visant à dénuder le cou d'un adversaire qui portait une armure où les techniques de désarmement contre un guerrier munit d'une lance.

Les formes qui ont un intérêt profond sont des formes comportant des mouvements très simples et répétitifs. Pourquoi faire une forme et pas directement répéter ces mouvements me direz-vous ? Si on regarde les progrès qu'ont fait les sportifs (pour prendre cet exemple) en entraînant la course sur 100 m, on s'aperçoit qu'un athlète olympique du début du siècle et un athlète de l'année dernière n'ont pas du tout les mêmes performances. La raison en est qu'aujourd'hui on a une bien meilleure compréhension des entraînements physiques et des méthodes qu'autrefois. La meilleure façon de former le corps sera de respecter un ordre dans la manière de s'entraîner: on commencera par le corps, on essaiera de coordonner la respiration avec les mouvements, c'est seulement ensuite que l'on abordera les techniques méditatives qui ont pour but de calmer les émotions négatives et décupler l'intention. Là se trouve le début du travail énergétique.

Voyons déjà comment former le corps.

Ce dernier se compose de plusieurs segments et la logique veut que l'on entraîne chaque segment séparément des autres et que l'on unifie ensuite tout le corps dans chaque mouvement. Pour suivre la logique des arts taoïstes mais également pour éviter de transformer sa pratique en gymnastique de la mémoire, ces mouvements physiques serviront aussi bien à la méditation, qu'au chi kung, qu'aux arts de combat.

Pour commencer on prendra les groupes musculaires attachés aux articulations les plus statiques et les plus tendues du corps (les épaules et les hanches semblent être de celles-ci). On passera ainsi en revue chaque groupe musculaire et chaque articulation pour aboutir sur des parties plus fines telles que les doigts où les orteils. Chaque série d'exercices sera répétée chaque jour sur une période allant de deux à trois mois (on pourra toutefois allonger cette période en cas de résultats insuffisants).

On aura ensuite d'autres exercices adaptés aux segments les plus importants toujours sur un laps de temps défini. La pratique sera ensuite enrichie par différents exercices complémentaires s'accompagnant d'aides comme des objets, des élastiques ou des poids. On insistera sur la qualité de l'entraînement plutôt que sur la quantité. Pour cela, les exercices doivent être exécutés lentement afin d'être ressentis complètement et analysés.

Les membres sollicités doivent être en torsion/rotation pour obtenir l'effet " d'éponge ". Ils doivent être contrôlés à chaque instant pour que les schémas neuromusculaires s'inscrivent précisément dans la mémoire sensorielle du corps et bien sûr, pour être acquis, les exercices doivent être répétés chaque jour pendant une période donnée. La lenteur des exercices que l'on retrouve dans tous les arts internes chinois et dans certains yogas a pour utilité d'amener le pratiquant vers un contrôle total du mouvement. Effectuer les exercices trop rapidement nous empêche de laisser apparaître les imperfections qui se verraient si on effectuait le geste lentement.

On cherche les mouvements justes qui soient parfaitement alignés avec les articulations et qui respectent les lignes de force du corps. C'est seulement quand ce mouvement sera parfaitement intégré dans la lenteur puis dans la rapidité, que l'on pourra avoir un geste juste qui ne s'accompagne plus d'une concentration consciente. A ce stade on peut envisager de passer à des choses plus importantes comme déplacer l'énergie, réguler la respiration ou encore travailler sur les émotions. De plus, dans les conditions difficiles d'une confrontation physique (je parle ici des arts de combat) ou une période de maladie grave ( ce qui rejoint le chi kung), l'esprit est troublé.

Lorsque l'esprit ne peut plus se concentrer parfaitement, sans interférence, il faut alors pouvoir s'en remettre au corps qui lui ne se laisse pas perturber. C'est le principe de l'habitude: il faut des mois pour réussir à faire un trajet ou un geste sans y penser. En revanche, il est très difficile de faire varier ce geste ou de changer son trajet une fois que l'habitude est ancrée dans le corps. C'est la différence entre une répétition intellectuelle ou mentale et une habitude imprégnée dans les cellules du corps.

La torsion/rotation des muscles se retrouve dans tous les exercices de yoga et de stretching : l'idée est de vider le sang d'une zone musculaire précise par des mouvements " d'essorage " et de torsion (c'est le principe de l'éponge que l'on vide de son eau), puis de laisser le sang remplir le muscle de nouveau quand on relâche la pression. La répétition de ces mouvements va permettre d'augmenter la vascularisation de la zone visée. Dans les textes chinois traditionnels on dit que là où il y a le sang il y a l'énergie et là où il y a l'énergie il y a le sang. Donc augmentation de circulation sanguine est synonyme d'augmentation de circulation énergétique.

A la différence des formes dont nous avons parlées plus haut, on peut déjà voir que ce n'est plus de gymnastique dont il s'agit mais bien de chi Kung. L'association de toutes ces sensations, ces respirations, du déplacement de l'énergie et de la régulation des émotions permet d'avoir un style de chi kung en tous points similaire (extérieurement) aux mouvements des arts de combat. Ces derniers sont des mouvements simples et précis qui solliciteront peu la mémoire puisque chaque déplacement du corps et chaque geste sont des enchaînements fluides et logiques. Il est évident que les mouvements pour le combat seront ancrés dans le corps comme le seront les mouvements de chi kung.

C'est ainsi qu'un mouvement de chi kung très avancé peut sembler simple extérieurement, de même qu'un petit mouvement martial pourra développer une grande puissance au moment de l'impact. Plus on avance dans les arts taoïstes et plus on réalise que tous les mouvements extérieurs prennent les mêmes directions dans les trois dimensions.

Chaque geste évolue dans l'espace dans une des six directions.

Que l'on fasse "séparer la queue de l'oiseau" ou "la grue blanche déploie ses ailes" en tai chi, "la forme du cheval" en hsing yi, "le sixième changement de paume" en pa kua, cela reste dans tous les cas un uppercut à 45 degrés et rien de plus. Si au lieu de perdre son temps à effectuer toutes ces formes sans vraiment savoir pourquoi, on travaillait directement la direction qui nous intéresse (diagonale remontant ) on irait plus facilement droit au but. Si on développait des méthodes d'entraînement pour que ce déplacement dans ces différentes dimensions soit plus précis et fasse participer tout le corps, on gagnerait du temps.

Ce temps gagné on pourrait alors l'utiliser pour des choses plus importantes que les mouvements physiques. On pourrait l'employer pour le travail mental, émotionnel et énergétique. On réduirait ainsi le nombre des mouvements pratiqués en augmentant la qualité et la compréhension de ceux-ci. Avec l'habitude de travailler sur les concepts, les trois dimensions et les six directions, il n'y aura plus aucune limite au nombre de techniques que l'on peut expliquer ou utiliser sans pour autant perdre son temps à pratiquer des formes sans intérêt que l'on ne sait pas appliquer dans les arts de combat ou dans les arts de santé.

Ces entraînements permettent de faire travailler tout le corps et à chaque fois de progresser en utilisant les mêmes gestes quel que soit le travail intérieur. Chaque partie du corps sera plus forte et la totalité de celui-ci sera en meilleure santé. Chaque mouvement naturel sera une technique efficace pour les arts de combat et pour les arts de santé. Jamais on ne se demandera plus : "s'il me fait la grue blanche qui mange les feuilles, puis-je faire le tamarin volant ou devrais-je opter pour le tourniquet mortel?".

dimanche 19 juillet 2009

Punch !



Voyons les détails qui vont permettre de développer un impact maximum.

Nous parlons ici de la force «évidente», de la force brutale d’une frappe de poing arrière, linéaire arrière-avant.

Il est important de ne pas confondre la force d’impact avec la force physique.

Bien souvent, un grand puncheur est plutôt «costaud», mais ce n’est pas nécessaire.
Dans ma tradition, on recommande de travailler ses formes de corps, sa souplesse et sa coordination avant de chercher à travailler la force pure.

L’ensemble du travail de la structure va dans le sens de la force d’impact.

Avant tout, il faut comprendre la mécanique du geste avant de penser à frapper sur quelque chose.

Voyons les détails de bas en haut :

  • - Les pieds sont au posés et centrés au sol, le reste du corps dépendant de cette fondation.
  • - Le pied arrière va pousser le poids légèrement vers l’avant, démarrant le geste.
  • - Le genou avant se plie un peu, restant dans l’alignement des orteils.
  • - La poussée se répercute sur les hanches qui entraînent la taille, pour servir de base à l’union des épaules et du grand dorsal.
  • - La rotation du tronc va propulser l’épaule de frappe vers l’avant qui reste basse et liée par le grand dorsal.

L’ensemble du mouvement permet de laisser partir le bras vers l’avant incluant ces détails :

  • - Pas de tension dans le bras et l’avant bras,
  • - Aligner la zone de frappe, le poignet et la pointe de l’épaule,
  • - Laisser le coude en bas et l’épaule liée au grand dorsal,
  • - Regarder où on frappe.

A l’impact, le coude ne doit pas être plié, mais il ne doit pas être tendu... la distance de frappe est donc primordiale pour obtenir une frappe vraiment fulgurante.
Le poing doit être tenu, mais pas tendu. Si le poing est vraiment serré, il sera possible de faire des frappes de "bourrins", mais pas les frappes plus subtiles.

Le poing aura plus de puissance dans l’alignement de l’épaule opposée.

Une grande partie de la force d’impact peut être annihilée si on retient son souffle, si on coince son diaphragme. De plus, des frappes en rétention de souffle vont fatiguer beaucoup plus que des frappes avec le souffle lâché.

Il faut travailler dans le vide avec une recherche de sensation, lentement et en relaxation... il ne faut pas être pressé de travailler vite (et ce n’est pas vraiment nécessaire).

Plus le geste est direct, moins il y a de parasites, moins il y a de «fuites de force».
Donc, même lentement, il faut passer d’une immobilité totale à un geste décisif.

Il est conseillé de ne pas mettre l’attention sur la main qui frappe ou sur le bras (cela crée des tensions), mais sur la rotation et la mobilisation du dos.

Dès que le geste est suffisamment lâché, et sans parasites (en tout cas, le moins possible), il faut taper sur des "trucs" (plutôt un sac mou, mais assez lourd par exemple).

Traditionnellement, dans notre école, on frappe un poteau de bois. On commence par pousser, frotter et ensuite percuter violemment le poteau. Le travail au sac vient plus tard.

Nous verrons des exercices spécifiques qui développent la force d’impact dans un autre texte (travail des poids, des cibles, des anneaux de fer...).

Nous ne parlons pas ici du travail de précision, de structure ou de vitesse qui vont évidemment déterminer l'efficacité de la percussion.